Les aliments ultra-transformés, halte aux spéculations !

Publiée à la fin du mois de mai, une étude scientifique de l’Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale (INSERM), dirigée par Mathilde Touvier, est venue, une fois de plus, alimenter la cacophonie sur les aliments « ultra-transformés ».

Cette analyse ouvre des questionnements sur une potentielle corrélation entre la consommation d’aliments dits « ultra-transformés » et l’augmentation des taux de certaines maladies. Plus précisément, l’étude démontre qu’une augmentation de 10 points de la part d’aliments dits « ultra-transformés » est associée à une augmentation de 12 points du risque de maladies cardiovasculaires, coronariennes et cérébrovasculaires.

Dès lors, de nombreux médias relayant l’information en viennent, une fois de plus, à extrapoler les résultats et à mettre en cause « les procédés industriels de transformation » utilisés, ainsi que les « nombreux additifs intégrés dans les produits ».

Mais qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ? Sont-ils l’apanage des industriels ? Et existe-t-il des aliments interdits ? Reprendre et diffuser une telle étude sans répondre à ces questions ne fait qu’alimenter les peurs et culpabiliser les consommateurs, une fois de plus. 

Nous allons donc y répondre.

D’où vient l’appellation aliment « ultra-transformé » ?

Le terme d’aliment « ultra-transformé » provient, comme nous l’avons évoqué dans l’un de nos précédents articles, d’une classification spécifique dénommée NOVA. Cette classification a été établie par des chercheurs en santé publique brésiliens afin de répondre à des problématiques locales. Elle regroupe les aliments selon 4 catégories :

  • Les aliments non transformés (lait, œuf, fruits, viandes…),
  • Les ingrédients dits « culinaires » (sucre, sel, huile…),
  • Les aliments dits « transformés » (pain, fromage, vin…),
  • Les aliments dits « ultra-transformés » (à peu près tout le reste et notamment presque tous les aliments transformés par une entreprise alimentaire).

Cette dernière catégorie, extrêmement large, comprend ainsi des aliments de nature complètement différente, tant dans leur composition nutritionnelle (glucides, lipides…), que dans leur formulation, ou dans leur mode de transformation…

Ces aliments sont-ils exclusivement produits par les industriels ?

Non. Cette classification dépourvue d’un réel fondement scientifique pose un problème majeur : elle ne tient pas compte des aliments pouvant être transformés après des manipulations autres qu’industrielles. En effet, le terme d’aliment dit « ultra-transformé » est exclusivement associé aux produits d’origine industrielle. Pourtant, l’industrie alimentaire utilise les mêmes procédés que les artisans ou les ménages mais à une échelle différente.

Dans une publication du 9 avril 2019, un collectif d’experts réputés de l’Académie d’Agriculture de France s’est penché sur l’origine de cette nouvelle catégorie et sur sa légitimité scientifique. Ils regrettent le manque de « robustesse scientifique de cette classification », construite sans aucun appui d’experts en technologie alimentaire, et sans que les critères de classement des aliments ne soient ni expliqués ni justifiés scientifiquement. Selon les auteurs, « la complexité du sujet demande une approche rigoureuse et un travail scientifique significatif, mené par des experts du domaine, et permettant d’aboutir à un système solide et véritablement validé ». Chose qui n’a pas été le cas pour cette classification NOVA.

De son côté, le Fonds Français pour l’alimentation et la santé estimait en décembre 2018 qu’une réflexion approfondie était indispensable pour établir scientifiquement l’existence et l’intérêt ou non d’un index lié à l’indice de transformation d’un aliment (« Réflexions sur la classification des aliments selon leur degré de transformation »).

Autre manipulation qui revient sans cesse dans la catégorie des aliments dits « ultra-transformés » : l’ajout d’additifs. Une fois de plus, ce sont les entreprises de l’alimentation qui jouent le rôle de boucs émissaires. Plus que jamais remis en question à travers des travaux pour le moins controversés, les additifs sont constamment pointés du doigt pour leur soi-disant dangerosité. Or, s’ils sont présents dans les produits ce n’est pas par hasard. Garantir la qualité sanitaire des produits, améliorer leur conservation ou encore protéger les 67 millions de consommateurs de notre pays contre certaines bactéries mortelles, leurs bénéfices sont nombreux et leur utilité a été démontrée. S’ils sont autorisés c’est qu’ils ont fait la preuve de leur innocuité auprès de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’exigeante autorité régulatrice mise en place par la Commission Européenne.

Existe-t-il des aliments interdits ?

Sachant qu’aujourd’hui les travaux effectués ne permettent pas de conclure à une corrélation entre la consommation d’un aliment « ultra-transformé » et un élément spécifique le composant, remettre en cause les procédés de transformation utilisés ainsi que la présence d’additifs n’est que pure spéculation.

Les chercheurs eux-mêmes le reconnaissent, il ne s’agit que d’un lien statistique basé sur du déclaratif. De nombreux biais doivent encore être analysés et des expériences complémentaires sont nécessaires avant de déboucher sur des recommandations. D’autant plus que les causes de maladies chroniques sont multiples (génétiques, environnementales, vulnérabilité sociale et psychologique etc.) et l’alimentation seule ne peut être tenue comme responsable de leur déclenchement.

Oui il est vrai que l’excès de consommation de produits pose problème mais c’est le cas pour à peu près tout. Ainsi, comme l’évoque Boris Hansel, médecin nutritionniste, au micro d’Europe 1 : « Tout est une question d’équilibre, il n’y a aucun interdit mis à part en cas d’allergie. On peut manger de tout et on a le droit de se faire plaisir ».

La clé d’une bonne alimentation, c’est avant tout un bon équilibre alimentaire. Il n’existe donc pas d’aliments interdits.

Stoppons ces spéculations incessantes sur la qualité des aliments produits par nos 17 000 entreprises françaises qui travaillent à l’amélioration de leurs recettes pour fournir à leurs consommateurs quotidiens, les aliments qu’ils aiment ou dont ils ont besoin.

Oui à l’éducation et au bon équilibre alimentaire, non à la stigmatisation.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*